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Bernard Caïazzo : « Pour la création d’une société de développement »

30 janvier 2018

Bernard Caïazzo

Dans un long entretien publié par News Tank Football, le président de Première Ligue expose une nouvelle approche pour les clubs professionnels, de Ligue 1 comme de Ligue 2. Il évoque, également, un projet de réunification syndicale avec l’UCPF.

« - Confirmez-vous que Première Ligue et l’UCPF sont en phase de rapprochement ?

- Il est exact que nous travaillons bien ensemble depuis plusieurs mois et que nous partageons les mêmes idées sur un certain nombre de sujets. Le projet de création d’une société commerciale figure notamment dans le programme de l’UCPF comme dans le nôtre. Certes, nous pouvons encore avoir des approches différentes, par exemple sur le soutien aux familles dans les instances auquel Première Ligue est attaché, avec les engagements financiers qui en résultent. Il nous paraît essentiel que le principe de solidarité soit conservé. C’est aussi la raison pour laquelle nous tenons, avec l’UCPF, à maintenir la même aide financière aux clubs de Ligue 2 par ceux de Ligue 1.

- A propos de solidarité, l’éventuelle création d’une société commerciale ne présente-t-elle pas un danger pour les accords signés par les clubs de Ligue 1 en novembre 2016 sur la répartition des droits TV ?

- Absolument pas. Ils sont gravés dans le marbre et il est hors de question de les remettre en cause. Votés à l’unanimité, ils définissent une clé de répartition plus équilibrée. Je vous rappelle que les gros clubs avaient accepté un arrangement qui ne les favorisait pourtant pas. Car ce sont les clubs de l’élite qui permettent une augmentation des droits et je le dis sans chercher à déconsidérer quiconque. Tout club professionnel mérite le respect et l’estime générale, qu’il soit gros, moyen ou petit. Une chose est sûre : il n’y aura pas de renégociation du système de répartition. C’est un sujet qui a été traité en amont pour nous donner les meilleures chances d’optimiser nos futurs droits TV, grâce à l’unité et la solidarité de l’ensemble des clubs.  « En économie, on n’a jamais vu un modèle associatif être plus performant qu’une société commerciale »  

- Quelles sont les raisons qui vous poussent à vouloir créer une société commerciale ? - Jean-Michel Aulas a été le premier à proposer la création d’une société commerciale, il y a plusieurs mois. Comme bien souvent, il était en avance sur les autres. Pour le moment, nous en sommes à une phase d’étude avec la constitution d’une commission de travail sur le sujet, avec des clubs comme le FC Nantes, l’OM, le Paris SG, l’OL, les Girondins de Bordeaux et le Stade Rennais. Ce dossier a déjà été évoqué lors de la réunion de décembre des clubs de Ligue 1. Il est à nouveau à l’ordre du jour d’un séminaire qui réunit les 20 clubs de Ligue 1, le jeudi 01/02/2018. Mais au terme de société commerciale, les clubs lui préfèrent celui de société de développement qui illustre davantage ce que nous souhaitons faire. Le constat est simple. LaLiga espagnole compte 14 clubs dont le budget est supérieur à celui du sixième club français le plus riche.

Il vaut aussi pour l’Allemagne, sans même parler de la Premier League anglaise dont les 20 clubs disposent d’un budget supérieur à celui du sixième club français. La Ligue ne peut pas continuer à gérer les activités commerciales sur un mode associatif. En économie, on n’a jamais vu un modèle associatif être plus performant qu’une société commerciale. Il faut donc opérer le même changement que lorsque les clubs sont passés du modèle associatif à la SASP. Et, à mon avis, il faut non seulement une société Ligue 1, mais aussi une société Ligue 2.

- Dans un tel cas de figure, quelle serait le rôle de la Ligue de Football Professionnel ? - Elle traiterait ce qui relève du régalien, c’est-à-dire à tout ce qui ne concerne pas les sources de revenus : l’organisation des compétitions, les règlements, le management des commissions, etc. Bien sûr, il faudrait alors créer des passerelles entre les deux structures. En fait, les clubs veulent écarter toute notion de « politique ». C’était d’ailleurs le sens de la réforme de 2016 lorsque nous avons créé un poste de directeur général exécutif, avec un Bureau en charge des actions au plan opérationnel. Quelques mois plus tard, il faut se rendre à l’évidence : la Ligue ne fonctionne pas de cette façon. Il convient dès lors de trouver un consensus général, qui englobe la Fédération française, les familles et les clubs pour rendre notre football plus efficace, davantage tourné vers son développement. C’est l’intérêt de tous, y compris des dirigeants de la Ligue eux-mêmes qui nous ont d’ailleurs fait savoir qu’ils étaient favorables à cette approche.  « On ne peut plus perdre de temps en gesticulations politiques »  

- Comment pourrait fonctionner cette « société de développement » ? - A mon avis, il faut aller vers deux sociétés Ligue 1 et Ligue 2, car il y va aussi des intérêts de la Ligue 2. Tout reste à étudier et à mettre en place. Mais l’idéal serait de créer une société Ligue 1, avec une action pour chaque club de Ligue 1. Même principe pour la société de Ligue 2. Quand un club de Ligue 1 descend de division, il abandonne son action au club de Ligue 2 promu qui, lui-même, lui cède son action. La gouvernance reste à préciser, mais on peut imaginer qu’elle soit organisée autour d’un PDG exécutif et d’un conseil de surveillance constitué des clubs de Ligue 1. Il s’agit de pistes de réflexion, mais le plus important est de promouvoir une vraie culture de développement. - Des clubs pourraient-ils s’opposer à cette approche ?

- Je rappelle que chaque club serait membre du conseil de surveillance, si bien que tous les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 sans exception pourraient participer activement à la gouvernance, ce qui n’est pas le cas actuellement. On veut nous faire croire, aujourd’hui, que certains responsables de la Ligue seraient contre et s’agiteraient dans la coulisse pour tenter d’effrayer des collègues de clubs avec de faux arguments. C’est inexact car la présidente (Nathalie Boy de la Tour) comme le directeur général exécutif (Didier Quillot) de la LFP sont favorables à la création de ces sociétés. Les patrons de clubs sont tous des entrepreneurs. Dans leur club, ce n’est pas l’association qui gère les activités commerciales, à ce que je sache. Quand un entrepreneur veut créer une activité, il ne l’organise pas dans un cadre associatif, non ? Ceux qui s’y opposeraient sont ceux qui auraient des visées personnelles, sans rechercher cette efficacité opérationnelle indispensable pour notre football. Nous sommes en retard par rapport à nos voisins européens, on ne peut plus perdre de temps en gesticulations politiques.  « Une nouvelle organisation plus efficace de notre football »  - Liez-vous la réunification syndicale à la création de ces deux sociétés ?

- Chez nos voisins, il n’existe pas de syndicats de clubs. Pourquoi ? Parce qu’ils sont associés entre eux au sein des Ligues. De quoi se plaignent nos clubs ? De ne pas pouvoir se réunir pour travailler ensemble sur les problématiques de développement, ce que les sociétés permettraient d’organiser. Le rôle du syndicat réunifié serait simplifié et limité aux commissions paritaires et aux contacts de lobbying. Dans l’hypothèse d’une réunification, il faudrait redistribuer les rôles et les compétences de chacun des collaborateurs de Première Ligue et de l’UCPF qui ont prouvé leur compétence et leur loyauté. Il s’agit, vous le voyez, d’une nouvelle organisation plus efficace de notre football, qui implique la FFF, la Ligue, les syndicats et l’ensemble des clubs. Tout est lié. - Quel est le timing envisagé ?

- Le plus important est que chacun prenne conscience des enjeux : en finir avec la « politique » pour aller vers plus d’efficacité opérationnelle ! C’est d’ailleurs le même combat qui secoue actuellement la société française entre le politique et l’économique. Le président de la République, Emmanuel Macron, l’a très bien compris. Le football professionnel est un secteur d’activités comme un autre. Il n’échappe pas aux grands problèmes de l’heure. Notre chance est de pouvoir compter sur des personnalités comme Noël Le Graët (président de la FFF) qui est un entrepreneur, comme Philippe Piat (co-président de l'UNFP) ou Patrick Razurel (représentant des personnels administratifs au conseil d’administration de la LFP), mais aussi tous les patrons de clubs. Les entrepreneurs de ce pays se réveillent et refusent d’avancer avec des boulets aux pieds, pendant que leurs voisins continuent de progresser à vive allure. Quand chacun aura compris que l’intérêt particulier et général sera de mettre en place de véritables structures de développement, alors tout ira très vite… »