« – Quelles leçons le football français peut-il en tirer de la victoire de Leicester en Premier League, en 2015-16 ?

– L’Angleterre bénéficie de droits TV très importants. On constate que cela profite aux gros clubs, mais aussi aux petits. Ce n’est pas grâce à Leicester si les droits TV sont aussi élevés, mais ce club en profite.
Quand les gros deviennent plus gros, les petits grossissent aussi. Et quand les gros maigrissent, les petits trinquent. L’énormité des droits TV anglais (2,3 milliards € par an à partir de 2016-17 pour les seuls droits TV domestiques) fait que le moindre club va percevoir 200 M€ à partir de 2016-17, ce qui en ferait le deuxième plus gros club de Ligue 1, le quatrième en Espagne et le troisième ou quatrième en Italie ou en Allemagne. C’est considérable ! Leicester a recruté pour 30 M€ en 2015 ?
Mais si l’AS Saint-Étienne peut faire la même chose, c’est une qualification assurée pour la Ligue des champions ! Mais pour Leicester City, toute la difficulté, c’est ensuite de se maintenir.

Le plus dur commence ?

– Leicester va devoir jouer plus de 50 matches en 2016-17 et c’est autre chose que de se préparer toute la semaine pour le match du week-end !
Avec la Ligue des champions, ce club va découvrir un autre rythme, d’autres difficultés comme les blessures, la fatigue, etc. Le club va devoir aussi gérer ce titre, avec des joueurs qui voudront être augmentés, des agents qui frappent à la porte. Montpellier, mais aussi Bordeaux ou Lille ont connu cela, récemment, en France.

– La victoire de Leicester, c’est aussi la défaite de Manchester United, d’Arsenal, de Chelsea et de Manchester City qui avaient gagné les 20 titres précédents ?

– Bien sûr, Leicester a profité des carences du Big Four. Mais la seule chose qui semble intéresser les propriétaires de ces grands clubs, c’est l’argent dégagé. Leicester est champion car les autres ont mal travaillé.
Ce qui fait qu’un club comme West Ham qui se battait pour ne pas descendre en 2014-15 est aujourd’hui sixième ! Mais l’Angleterre est aujourd’hui un eldorado pour nos joueurs. Le moindre bon joueur peut toucher entre 4 et 5 millions d’euros par an. Et un Dimitri Payet 10 M€.
C’est ce que je dis aux présidents de clubs français : attention, l’Angleterre va attirer 80 % des bons joueurs européens. Et pour l’Angleterre, la Premier League devient plus importante que les Coupes d’Europe, Ligue des champions ou Europa Ligue. Avec l’Angleterre, la concurrence n’est donc pas tant sur les compétitions européennes qu’en matière de transferts. Dans ce contexte, le football français joue à la recherche des nouvelles stars, qu’on continue à produire heureusement, mais qui nous quittent de plus en plus tôt. C’était à 24 ans, puis à 22, c’est aujourd’hui à 20 ans qu’elles traversent la Manche… »

(Entretien réalisé par News Tank Football, le 3 mai)

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