SOCIAL CLUB Santé, sécurité et alcool dans les stades : et si on faisait enfin confiance aux clubs ?

PAR MORGANE DUVAL

Nous le savons tous, la vente et la distribution d’alcool sont interdites dans les stades. Enfin… exception faite des 10 dérogations annuelles… et des loges rapport à la licence restaurant… mais aussi lorsque le stade est en configuration concert… Donc, je peux boire une bière dans un stade si le préfet (ou le maire) l’a autorisé, si j’ai la chance d’assister au match en loge ou encore si je vais voir Rihanna en concert. Pour le reste, nada, rien, zéro degré.

Mais quelle est donc la cause de cette interdiction et se justifie-t-elle ?

Si l’on s’en réfère aux débats parlementaires du début des années 90, il était argué : « Dans le but d’éviter, autant que possible, que la consommation d’alcool puisse être associée à la pratique sportive ». Mieux, dans le texte adopté en première lecture, seuls les salles d’éducation physique et les gymnases étaient visés par l’interdiction, il aura fallu un amendement de la Commission des affaires sociales pour que soient ajoutés les stades. Ainsi, l’idée originelle était donc de dissocier alcool et pratique sportive et non alcool et sport. En d’autres termes, pas d’alcool durant la pratique sportive et à moins de considérer que l’enthousiasme débordant des afficionados puisse constituer une activité sportive, l’on comprend mal aujourd’hui cette interdiction qui plus est, à géométrie variable.

Objectif de santé publique ? Dans ce cas, pourquoi autoriser la consommation d’alcool dans les trains, dans les avions, dans les cinémas voire dans les débits de boissons les soirs de match ? Les supporters seraient donc présumés de facto ne pas savoir boire « avec modération » et le stade serait, par essence, foyer d’éthylisme. Cela ne tient évidemment pas la route. Pas plus que l’argutie selon laquelle les évènements sportifs contribueraient au développement de l’alcoolisation festive des jeunes. En effet, c’est bien en dehors des stades et non à l’intérieur où leur comportement est placé sous vigilance que les jeunes peuvent s’adonner au « binge drinking ». De plus, impossible pour un mineur d’acheter de la bière dans un stade, cette garantie est-elle satisfaite hors de l’enceinte ? La lutte contre l’alcoolisme chez les jeunes ne doit-elle pas passer par l’éducation plutôt que par l’interdiction ?

Objectif sécuritaire ? Dans ce cas, juriste oblige, pourquoi l’interdiction est-elle inscrite dans le Code de la santé publique ? Par ailleurs, cet argument fait fi de la réalité d’un stade. Tout d’abord, parce que les spectateurs y viennent pour supporter leur équipe, pour assister à un spectacle et non pour s’alcooliser ou en découdre. Quand bien même, pour la frange infime qui pourrait être tentée par ces deux activités, la pratique se fera hors stade. Car un stade c’est un club avec une équipe de professionnels, notamment de la sécurité, attentifs à garantir la meilleure expérience aux spectateurs. A l’heure où les clubs ne cessent d’investir sur la qualité du parcours spectateurs, de développer leurs offres notamment à destination des familles, quel serait leur intérêt de voir la violence se développer dans les stades ? A contrario, empêcher la vente de bière dans les stades complexifie la mission en empêchant aux équipes de sécurité tout contrôle sur la consommation ante match.

Ne soyons pas naïfs, l’interdiction de vendre de l’alcool constitue également un manque à gagner pour les clubs et représente un facteur supplémentaire de déficit de compétitivité par rapport aux autres clubs européens plus tolérants en la matière. En ce sens, notons que l’UEFA autorise depuis 2018 la vente d’alcool dans les enceintes sportives (sous réserve du respect de la législation nationale) et qu’un célèbre brasseur déjà partenaire de la Ligue des champions depuis 2014 vient d’être désigné pour l’Euro 2020. Toutefois, ne soyons pas non plus cyniques, aucun club ne saurait sacrifier la sécurité de son stade pour une recette supplémentaire.

Et c’est bien là tout l’objet du débat. Pourquoi ne pas, enfin, faire confiance aux clubs, à leur responsabilité, leur professionnalisme et leur capacité de discernement pour décider ou non de la vente d’alcool sur leurs matchs ?

 

 

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