Football pro féminin : une équation à plusieurs inconnues

Par MARIE-HELENE PATRY et ARTHUR DONNADIEU

Au-delà de l’engouement temporaire des spectateurs et des médias pour la Coupe du Monde Féminine en France l’été dernier, existe-t-il une vraie dynamique de développement pour le football féminin en France ?

Examinons quelques chiffres…

France : Le football féminin pour la saison 2019/2020[1]

Le football, sport le plus pratiqué par les femmes en France

Le handball féminin avec un peu moins de 180 000 licenciées arrive en deuxième position. Le basketball complète le podium et totalise 174 000 licenciées féminines.[2]

Le rugby, qui est l’un des sports collectifs majeurs en France, compte 258 247 joueurs et joueuses, soit seulement 80 000 licenciés de plus que le seul football féminin. Cette comparaison montre le nombre important de licenciées de football.

Économie du sport féminin en France

a) Comparaison entre les sports féminins

Les modèles économiques de ces quatre sports féminins sont semblables. Pour la D1 Arkema (première division de football féminin) comme pour les autres sports, les subventions, le sponsoring et la publicité ont compté pour près de la moitié des revenus des clubs lors de la saison 2018-2019. Principale différence, le football féminin profite désormais d’un diffuseur officiel, Canal +, qui débourse 1,2M€ par saison pour diffuser la D1 Arkema, alors que la D1 de basketball ne vend pas ses droits audiovisuels.[3]

Le budget annuel moyen d’un club de D1 Arkema est d’1,6M€  mais cache de grandes disparités entre clubs.

b) Comparaison avec le sport masculin

Alors que le football masculin distance économiquement les autres sports collectifs (CA 6 fois supérieur à son premier concurrent le rugby), le football féminin dont le développement est plus récent peine à trouver son modèle économique et est déficitaire (-13M€ pour la D1 Arkema au titre de la saison 2018/2019).

Modèle de la D1 féminine anglaise : la Barclays FA Women’s Super League

La Women’s Super League connait depuis quelques années de grands changements qui rendent ce championnat de plus en plus compétitif avec un modèle économique qui semble viable à long terme (ligue quasi-fermée, championnat professionnel, salary cap, sponsoring et billetterie en essor…). La FA (Football Association) a initié l’ouverture des grands stades pour les chocs du championnat de WSL. Il faut également souligner la prise en charge des salaires des joueuses internationales par la FA permettant aux clubs anglais de disposer de plus de moyens pour développer leurs infrastructures et la formation des jeunes joueuses (c’est également le cas pour le championnat féminin de football aux Etats-Unis).

Nous pouvons comparer la situation du championnat de D1 anglaise et de la D1 Arkema sur le tableau ci-dessous[4] :

Réforme de la Women’s Champions League

Le nouveau format de l’UEFA Women’s Champions League verra le jour lors de la saison 2021/22. La principale nouveauté réside dans la création d’une phase de groupes à 16 équipes. Le nombre de matchs augmentera ainsi de près de 20%. Les huitièmes de finale actuels seront remplacés par une phase de groupes (4 groupes de 4 équipes). Les deux premiers de chaque groupe se qualifieront pour les quarts de finale. Classée au premier rang des associations féminines, la France qualifierait 3 équipes dans cette nouvelle formule contre 2 aujourd’hui. Les droits média seront centralisés par l’UEFA dès la phase de groupes, contrairement à aujourd’hui. Cette réforme devrait permettre d’attirer plus de sponsors et de droits TV avec des phases de poules relevées et des affrontements prestigieux.[5]

Quel avenir ?

Le football féminin français est à la recherche d’un véritable modèle de développement économique. Pour y parvenir, il conviendra de trouver des réponses à un certain nombre d’inconnues :

  • Comment financer le développement du football féminin ?

Quelques idées peuvent être approfondies : le financement direct du football professionnel féminin par la Fédération Française de Football (FFF) avec le fléchage de fonds spécifiques; la recherche de nouvelles ressources; la réforme du format des compétitions de D1 ou D2 féminines (à l’instar du modèle anglais ?); les synergies et la mutualisation à développer autour des équipes professionnelles masculines et féminines; la création d’un crédit d’impôt développement du sport féminin, outil d’incitation à l’investissement dans les sections féminines des clubs structurés sous la forme de sociétés commerciales ou d’associations fiscalisées…

  • Comment maintenir les clubs professionnels français dans le « top clubs » féminins européens ?

L’Olympique Lyonnais a choisi d’apporter une réponse internationale à cette question par l’acquisition de près de 90% des actifs de la franchise américaine du Reign FC, club de l’incontournable joueuse américaine Megan Rapinoe (cf dans la Vie des Clubs, l’article « Lyon jette un pont vers les Etats-Unis » ci-dessous) ;

  • Comment protéger l’investissement réalisé par les clubs professionnels dans la formation de joueuses qui font briller l’équipe de France et s’enthousiasmer les Français ?

Cette question devra être étudiée en collaboration avec la FFF qui a fait du football féminin un de ses 4 axes prioritaires de développement pour la saison 2019/2020.

Certaines pistes seront évoquées : la création d’un parcours de formation incluant un double projet sportif et scolaire/citoyen; la mise en place d’indemnités de formation venant récompenser les efforts consentis par les clubs formateurs; la modification des règles régissant les contrats des joueuses professionnelles afin de les rendre compatibles avec l’environnement concurrentiel et compétitif dans lequel les clubs évoluent…

Ces sujets sont stratégiques pour l’avenir du football féminin qui peine à trouver un modèle économique viable. Les clubs professionnels de Première Ligue et de l’UCPF, conscients des enjeux des prochaines années, ont créé l’Association du Football Professionnel Féminin (AFPF), présidée par Laurent Nicollin (Président du Montpellier Hérault Sport Club-MHSC) afin de travailler sur l’ensemble de ces questions. Il s’agit maintenant de résoudre l’équation.

[1] AG 2019 de la FFF

[2] World Rugby, Fédération Française de Handball et Basket-ball

[3] Jurisport déc 2019 et DNCG

[4] The FA (Football Association)

[5] Site de l’UEFA

 

 

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