Rencontre France Invest-Première Ligue : une réussite !

Par BRUNO BELGODERE

France Invest a accueilli Première Ligue le 15 janvier pour débattre du modèle économique du football français. En introduisant la matinée devant une trentaine de fonds d’investissement, Dominique Gaillard, Président de France Invest et senior advisor de la société Ardian, rappela que la communauté France Invest, forte de près de 320 membres actifs, a levé plus de 300 Md€ en 2019, dont 50% en provenance de l’étranger. Cette bonne santé financière s’explique en partie par l’amélioration de l’image de la France, notamment auprès des investisseurs étrangers. Par ailleurs, 18 Md€ ont été investis dans 2 200 entreprises (startups, PME, ETI), lesquelles représentent 1,3 million de salariés.

En lui répondant, Bernard Caïazzo, Président de Premiere Ligue et du Conseil de Surveillance de l’ASSE, incita l’auditoire à investir dans le football français, en mettant en avant les gains qu’engendre ce secteur, à travers plusieurs leviers comme l’augmentation des droits TV ou certaines stratégies de diversification. Il fit le pari que, dans les prochaines années, les clubs appartiendront soit à des fonds d’investissement, soit à des milliardaires, soit à des socios, c’est-à-dire à des supporters détenant une partie du capital du club, comme au FC Barcelone.

Le cas de City Football Group, société gérée par la holding Abu Dhabi United Group ADUG (qui détient 86,21 % des parts), et par une entreprise publique chinoise de fonds d’investissement, CITIC Group (13,79 % des parts), est un exemple éloquent de la façon dont évolue le football européen et international. City Football Group est ainsi propriétaire de huit clubs à travers le monde (dont deux en Europe), le club de Manchester City, racheté en 2008, étant le « vaisseau amiral » et le fer de lance du projet.

Avec l’arrivée d’investisseurs étrangers (Qatar Sport Investment à Paris, Frank McCourt à Marseille, King Street à Bordeaux, Jim Ratcliffe et Ineos à Nice, entre autres), l’évolution en France est caractéristique des transformations de ce secteur d’activité. Mais c’est le cas partout en Europe (FC Valence, AS Rome etc.). A terme, les clubs français ne disposant pas d’investisseurs étrangers se feront rares.

« Le marché des transferts, facteur de plus-value pour les clubs »

La deuxième évolution notable relevée par Bernard Caïazzo concerne le marché des transferts, facteur de plus-value pour les clubs, dont les montants ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie en Europe. En France, 8 des 10 plus gros transferts (départs vers l’étranger) ont été réalisé lors des trois dernières années.

Enfin, la France a rattrapé son retard sur les principales ligues européennes en matière de droits audiovisuels dont l’explosion récente est spectaculaire.

Le président de Première Ligue rappela également combien le digital allait devenir un vecteur important en termes d’ouverture de nouvelles opportunités et de développement de ressources.

Tous ces changements, a-t-il tenu à préciser, ont conduit à un changement des profils des dirigeants en France. La figure du président-bénévole a laissé place à celle d’un patron gérant un club de football comme n’importe quelle entreprise. On assiste à une véritable professionnalisation avec des clubs qui deviennent des médias, des entreprises d’entertainment, qui nécessitent un management de qualité, en cohérence avec cette mutation.

A la suite d’un exposé sur la situation économique du football européen et français par Bruno Belgodère, directeur adjoint de Première Ligue, un débat s’engagea autour d’un panel composé de Emmanuelle Sarrabay, Directrice générale adjointe finance, systèmes d’information et juridique corporate de l’Olympique Lyonnais (OL), Victoriano Melero Secrétaire Général du PSG, Thomas Jacquemier Directeur Financier des Girondins et de Bernard Caïazzo.

A la question de savoir quels sont les types de profil de risques dans le cadre d’un investissement dans le football, Emmanuelle Sarrabay mit en exergue l’exemple de son club qui a déployé une stratégie visant à décorréler les résultats financiers des résultats sportifs. Ainsi, en étant propriétaire de son stade, l’Olympique Lyonnais crée-t-il de la valeur grâce à la billetterie et aux produits issus de son exploitation.

En s’appuyant sur le full entertainment, la gestion d’infrastructures, la formation et le football féminin, l’OL a créé un modèle pérenne d’investissements. Cela lui permet en outre de développer la marque OL à l’international (rachat d’une filiale de football féminin à Seattle) et donc d’amplifier ses leviers de ressources (développement des activités non sportives).

Par ailleurs, les contrats équipementiers, la propriété du stade etc., sont autant de paramètres qui offrent une vision financière sur le moyen/long terme.

La cotation du club en bourse apparaît pour Emmanuelle Sarrabay comme une vraie opportunité bien que présentant certaines contraintes lourdes pour une ETI comme l’OL (publication trimestrielle des comptes etc.). Il s’agit pour le club de bénéficier d’une véritable transparence financière et de pouvoir accompagner au mieux les actionnaires de référence sur des projets structurants.

Le marché du PSG est aujourd’hui nécessairement mondial

Victoriano Melero, Secrétaire général du Paris Saint-Germain, s’exprima quant à lui sur la stratégie de développement international du club. Ainsi, lors de son rachat par Qatar Sport Investment, le PSG a orienté sa stratégie par le recrutement de joueurs de renommée internationale lui assurant d’excellentes performances sportives. La présence de stars dans l’équipe (Zlatan Ibrahimović, Kylian Mbappé, Neymar etc.) concourent au déploiement et au rayonnement de la marque PSG.

De fait, l’ouverture de bureaux à l’international (Singapour, Doha, New York, pour assurer la promotion de la marque) et le développement de la partie lifestyle (partenariat avec le basketteur Michael Jordan, ouverture de boutiques à l’étranger etc.), répondent à cette logique et amènent de nouveaux sponsors. Le marché du PSG est aujourd’hui nécessairement mondial.

Enfin, Thomas Jacquemier, Directeur des affaires financières (DAF) des Girondins de Bordeaux, fit part de son expérience en tant que DAF de deux clubs détenus par des fonds d’investissement (le PSG alors propriété de Colony Capital, les Girondins, propriété de King Street). Le projet est à la fois de maitriser les coûts et de placer la marque Bordeaux – connue mondialement grâce au vin – au centre de la stratégie de développement du club. Grâce à une bonne maîtrise du trading joueur (objet du recrutement d’un expert reconnu dans le domaine en la personne d’Edouardo Macia), les Girondins comptent limiter le risque de déficit et s’appuyer sur de nouvelles sources de revenus.

Cette matinée d’échanges entre France Invest et Première Ligue qui aurait pu se prolonger, permit aux représentants des clubs de modifier, auprès de leurs interlocuteurs, l’image d’un secteur peu structuré et uniquement centré sur le sportif. Au regard des mutations de la Ligue 1 depuis une dizaine d’années, certains clubs apparaissent comme des acteurs investis dans une stratégie de full entertainment. Ceci est encore plus vrai depuis la construction de nouveaux stades qui permettent aux supporters de vivre une réelle expérience immersive, avant, pendant et après le match. Ils constituent des actifs solides pour les clubs qui les possèdent.

Grâce aux retombées économiques qu’il génère et à l’arrivée de nombreux investisseurs, le football français est amené à poursuivre sa forte croissance, notamment à l’international. C’est ce que les représentants des fonds d’investissement comprirent au terme d’une matinée riche d’enseignements.

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