Bernard Caïazzo : « Il y aura un avant et un après-crise »

Le quotidien Le Monde a ouvert ses colonnes, mercredi 8 avril, à Bernard Caïazzo, président de Première Ligue, au sujet de l’impact de la crise sanitaire sur le football professionnel. Nous reproduisons, ici, quelques extraits de son interview.

« – Verra-t-on des clubs professionnels disparaître en France dans l’année à venir ?
– Je ne vois pas de clubs en difficulté à l’issue de la saison actuelle. Les clubs ont des réserves qui seront mobilisées ainsi que des capacités d’emprunt. Si, dans le pire des cas, on ne reprend pas la saison, on peut s’en sortir sans défaut de paiement. Le gros sujet, c’est la saison 2020-2021. Les voyants étaient tous au vert il y a quelques mois – ventes de joueurs, développement marketing, droits télévisés – et sont passés au rouge. Notre mercato dépend de la situation économique de nos voisins : s’ils reprennent, ils pourront maintenir les prix d’achat de joueurs à un bon niveau, sinon… Le Centre international d’étude du sport (CIES) estime déjà la baisse à 28 %. Le tissu économique français subit la crise de plein fouet, ce qui aura des répercussions sur nos revenus marketing, estimés en baisse de 20 % : beaucoup de clubs ont des partenaires locaux qui vont être moins présents. Enfin, il y a la question des droits télévisés. Si les engagements ne sont pas tous tenus, on peut avoir, dès octobre ou novembre, des clubs en grosse difficulté. »

(…)

« – Quelle est la date la plus tardive envisagée pour une reprise du championnat, s’il doit être terminé le 3 août, limite évoquée par l’UEFA ?
– En jouant tous les trois jours, cela impose de recommencer autour du 20-25 juin. Avant, il faut des matchs amicaux et un temps de préparation. On a coutume de dire que, pour un arrêt de six semaines, il faut six semaines de préparation. Les délais pourraient être moins importants. »

(…)

« – Que révèle cette crise sur le fonctionnement du football de haut niveau ?
– La même chose que pour le fonctionnement de la société. Cette course à l’argent, aux records de salaires, de budgets est ridicule et ne crée aucune valeur ajoutée. Cela doit amener les clubs et les instances internationales à réfléchir. La FIFA et l’UEFA envisagent des solutions pour les clubs. Mais ce n’est pas un fonds de plusieurs milliards d’euros qui suffira à sauver l’ensemble du football : les règlements doivent changer. On va tous devoir penser différemment. Pourquoi ne pas fixer un plafond salarial, dont on pourrait exclure trois ou quatre joueurs ? Il y a un certain nombre de régulations que l’on retrouve dans le sport américain dont on pourrait s’inspirer. Il y a aussi des questions plus fondamentales à se poser. Le but du football, c’est de donner du bonheur aux gens.
– Le football l’aurait-il oublié ?
– Bien sûr ! On doit vivre avec son temps, mais tout ce business est de trop. Trop de visions purement capitalistiques, de profits, de plus-values ! Il y a des clubs en milieu de tableau qui n’ont qu’une idée en tête : gagner de l’argent par le mercato. Ce n’est pas cela, le sport ! On a fini par payer un joueur moyen 60 millions d’euros, avec un agent qui touche 6 millions. C’est aberrant. Et on voit arriver des gens qui s’intéressent au football parce qu’ils ne connaissent pas d’autre secteur d’activité où quelque chose vaut zéro en décembre et 40 millions d’euros en juin.
– Que peut faire le football pour se prémunir de cette dérive, qui est déjà là ?
– Il faudra que les instances établissent des règles plus fortes. Elles n’ont pas le choix. On va avoir quinze mois difficiles mais on repartira plus fort, plus équilibré. Il y aura un avant et un après, le football ne pourra plus être dans la même démarche. »

 

 

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