À LA UNE – Bernard Caïazzo : « Ce que la crise nous a appris »

Le président de Première Ligue s’est beaucoup exprimé, ces derniers jours, au sujet de la situation sans précédent qui frappe le football professionnel. Nous revenons sur l’essentiel de ses propos en six points majeurs.

LA SANTE AVANT TOUT
« Il ne pouvait pas y avoir de débat entre nous : c’est la santé publique qui a guidé l’ensemble de nos réflexions et de nos actions. Elle a toujours constitué la priorité pour tous les dirigeants de clubs, sans exception. Je n’en ai pas entendu un seul dire le contraire. Donald Trump, pour sa part, a défendu la théorie absurde de la primauté de l’économie et l’on voit, aujourd’hui, que les États Unis en paient le prix fort avec un nombre très élevé de victimes. Nous sommes tous dans le même bateau, il n’y a pas les joueurs de Marseille contre ceux de Lyon ou de Paris : dans la situation que nous connaissons, on forme une équipe de France. Le sujet est malheureusement très simple avec ce problème de santé majeur. On pensait que, fin avril, on allait pouvoir rejouer. Après, on a plutôt parlé de la fin juin, puis de la mi-juillet. Maintenant, on fixe le mois d’août pour la reprise de la prochaine saison, je veux bien y croire et j’espère que ce sera le cas, sans aucune certitude non plus ! Mais la priorité des priorités, c’est la survie de nos concitoyens. Rien d’autre. »

L’ENGAGEMENT DES CLUBS
« Malgré les difficultés financières qui les accablent, les clubs restent inventifs et font preuve d’esprit d’initiative avec des idées très positives. À l’ASSE, par exemple, nous avons collecté 88 058€ au profit du Centre Hospitalier Universitaire de Saint-Étienne lors du défi lancé par Cœur-Vert qui consistait à remplir virtuellement le Stade de France pour la finale de la Coupe de France. De nombreux autres clubs se sont également mobilisés : ainsi, le Stade Rennais qui a lancé un appel aux dons au profit des infirmières et infirmiers bretons, le Paris Saint-Germain qui livre 25 000 repas par jour aux personnels des hôpitaux de Paris, ou encore l’AS Monaco qui a récolté 50 000 € au profit de la Croix Rouge. Je ne peux pas tous les citer, ce serait trop long, mais chaque club reste pleinement engagé, à la mesure de ses capacités. Ce n’est pas un fait nouveau : chaque club professionnel développe une bonne cinquantaine d’actions caritatives et sociales chaque année en France. C’est notre responsabilité, c’est aussi notre honneur. »

SUR L’ARRET DE LA SAISON
« A un moment donné, on a assisté à un concours Lépine de propositions diverses pour la fin de la saison. Chacun a avancé son scénario. Bon, il n’était pas illogique que chaque dirigeant pense à son club. Cependant, il a vite été entendu que tout ne pourrait pas se décider sans une idée collective. Il existe bien sûr des phénomènes de rivalités dans notre championnat, mais là on était tous confrontés à un problème d’une gravité exceptionnelle avec ce maudit virus. Qu’est-ce qu’on s’en fiche de terminer 5ème, 6ème ou 7ème au classement ? Toutes ces discussions restent pour moi secondaires. Après, on a reçu une instruction par le biais du Premier ministre lors de son discours à l’Assemblée nationale, il n’y avait pas d’autre alternative que de la respecter, c’est tout. On ne peut pas aller contre les décisions des plus hautes autorités de l’Etat… Car remettons les choses dans l’ordre : c’est le gouvernement et le virus qui décident, ensuite, il y a l’UEFA et la Fédération, en particulier son président Noël Le Graët qui a souhaité que l’on arrête la saison 2019-2020. Ce n’était pas à nous de décider. On a arrêté contraint et forcé. »

SUR LES DECISIONS PRISES
« Je respecte le vote démocratique du conseil d’administration de la LFP avec ce classement du championnat de France établi au quotient, selon le rapport entre nombre de points pris et nombre de matches disputés. Je regrette simplement que les choses soient allées aussi vite. J’aurais préféré avoir eu le temps d’interroger les vingt clubs de Ligue 1. Mais ça n’aurait été que consultatif, la décision revenant au CA, qui est constitué de présidents de clubs, mais aussi d’autres représentants syndicaux, de joueurs et d’entraîneurs en particulier. Je suis légitimiste. Équitable, pas équitable, cette décision ? C’est selon les intérêts des uns et des autres. Certains se sont retrouvés dans une position favorable. D’autres peuvent se sentir lésés. Il y a obligatoirement des formes d’injustice, quel que soit le modèle. Maintenant une chose est certaine : la saison est terminée et nous devons nous tourner vers l’avenir. Les plus pessimistes pensent qu’en 2020 on ne jouera plus au football, j’espère que cela ne sera pas le cas. Désormais, notre mission est plus importante que le classement ou les recours, c’est la survie du football français. Les voyants étaient tous au vert il y a quelques mois – ventes de joueurs, développement marketing, droits télévisés – ils sont tous passés au rouge. Le tissu économique français subissant la crise de plein fouet, nos revenus en subiront d’importantes répercussions.»

OU EN EST NOTRE ECONOMIE ?
« Comment organiser la survie de notre football et redémarrer la machine ? Notre situation est comparable aux secteurs du divertissement ou du tourisme. C’est l’ensemble d’une économie qui devra se relever et le football en fait partie, qui a pu bénéficier des mesures mises en place par l’Etat. Il faut se rendre compte que la plupart des clubs mettent tout leur argent dans le sportif. Après, il faut se poser les bonnes questions : la France est un pays qui arrive à bien vendre ses joueurs, donc il faut savoir aujourd’hui si les championnats acheteurs vont continuer ou pas. S’ils s’arrêtent et qu’ils tombent dans une crise économique majeure, comment vont-ils faire pour nous acheter des joueurs ? Je prie pour que les Anglais et les Allemands continuent et qu’ils aillent au bout. Reste que la décision de l’AG de la LFP qui a voté l’obtention d’un prêt garanti par l’État de 224,5M€ va nous aider à sécuriser la trésorerie de nos clubs jusqu’à fin juin. Mais après ? »

ET DEMAIN ?
« Quand, demain, on ira prendre un café en terrasse avec un ami, on savourera, on mesurera notre chance de marcher, de respirer, d’être libre. Aujourd’hui, je rêve de revoir des stades pleins sans que les gens aient besoin de porter des masques. On va avoir quinze mois difficiles mais j’espère qu’on repartira plus fort, de façon plus équilibrée. Qu’il y aura un avant et un après covid-19, le football ne pouvant plus être dans la même démarche. Chez nous, on voit bien que le mode de gouvernance du football professionnel n’est pas adapté, il lui faudra plus d’agilité et d’efficacité, être capable de parler d’une seule voix, comme en Bundesliga dont j’admire l’organisation. Sur le fond, la crise qui nous frappe renvoie aussi au fonctionnement de la société. La course à l’argent, aux records de salaires, de budgets ne crée aucune valeur ajoutée. Cela doit amener les clubs et les instances internationales à réfléchir. Pourquoi ne pas fixer un plafond salarial, dont on pourrait exclure trois ou quatre joueurs ? Il y a un certain nombre de régulations que l’on retrouve dans le sport américain dont on pourrait s’inspirer. Il y a aussi des questions plus fondamentales à se poser. Le but du football, c’est de donner du bonheur aux gens. On doit vivre avec son temps, mais tout ce business est de trop. »

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