Alerte rouge pour le football pro

Par Denis Chaumier

Imaginez la scène : alors qu’il vient d’être compté « huit » par l’arbitre, un boxeur reste prostré dans un coin du ring, assis sur son tabouret, serviette au cou. Proche du KO mais refusant de jeter l’éponge, il sait qu’il doit adapter d’urgence sa stratégie pour repartir au combat et terrasser son adversaire.

Ce boxeur, c’est le sport professionnel actuellement, le football français en particulier, celui qui brasse les matchs par dizaines, les joueurs par milliers, les fans par millions et les droits TV (en principe) par milliards. Ce football-là se débat depuis plusieurs mois comme un beau diable et tente de sauver ce qui peut l’être après avoir été propulsé à terre par deux événements hors normes, aussi inattendus que violents.

Déjà frappés de plein fouet par la première vague du covid-19 au printemps, malmenés par l’arrêt prématuré du championnat de France 2019-2020 et pénalisés par un marché des transferts atone, les clubs professionnels affrontent désormais une seconde vague qui poursuit son travail de sape.

La perte de chiffre d’affaires en Ligue 1 la saison dernière ? Environ 600M€, sans compter ce que certains actionnaires ont remis au pot. Elle n’est pas la seule à déplorer la chute vertigineuse de ses recettes. « Le meilleur scénario prévoit une perte estimée pour le système européen du football entre 5,2 et 6,3 milliards, le pire entre 6,5 et 8,4 milliards d’euros », déclare par exemple Andrea Agnelli, président de la Juventus et de l’ECA. La preuve qu’aucune ligue professionnelle, en Europe, n’échappe au marasme économique.

L’actuelle saison qu’on imaginait plus clémente risque d’être encore plus dure pour les finances des clubs. Avec une épidémie qui s’étend, le huis clos devient la règle dans les stades, et éloigne les fans de leurs équipes. Les partenaires revoient leurs investissements à la baisse et le merchandising chute dans des proportions non négligeables.

Dans ce contexte, que Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports, ait assuré, en fin de semaine dernière, que « les sportifs de haut niveau et les sportifs professionnels pourront continuer à s’entraîner et à faire des compétitions » représente un moindre mal dans une phase de reconfinement généralisé. Le discours, heureusement, a changé depuis le 28 avril, date à laquelle le Premier ministre, Edouard Philippe, avait signifié haut et fort l’arrêt des compétitions.

Mais le problème de fond demeure : si les recettes des clubs baissent, les charges, elles, restent au même (haut) niveau.

Unité et solidarité derrière la LFP

Certes les PGE consentis cet été par l’Etat ont permis aux clubs de poursuivre leurs activités mais l’engagement passé entre les parties était ferme et incontournable : chaque prêt sera remboursé à l’euro près. L’augmentation des droits TV sur le nouveau cycle 2020-2024 devait conduire à atténuer les effets désastreux de la crise sanitaire sur la trésorerie des clubs. Patatras ! Censé verser chaque année, pendant quatre ans, 828,5 M€ à la LFP, Mediapro, le nouveau diffuseur du championnat, a décidé de ne pas s’acquitter de sa deuxième facture de 143,6 M€, pour début octobre. Et ce n’est pas tout : son patron, Jaume Roures, réclame désormais une ristourne, arguant de la crise liée au contexte sanitaire. L’affaire est désormais en « conciliation », et rien pour l’heure n’incite à l’optimisme. Après un premier emprunt de 120 M€ contracté pour aider les clubs, la LFP se montre confiante dans sa capacité à obtenir un crédit supplémentaire pour début décembre. Mais elle ne pourra pas répéter ce type d’opération à l’infini et l’addition, de toute façon, sera très lourde à l’arrivée.

On en est là : pris par surprise sur deux fronts, le football professionnel français vit la période la plus difficile de son histoire et, s’il entend éviter « coûte que coûte » l’effondrement de son économie, il n’est pas à l’abri de graves déconvenues.

Dans ce contexte, l’ensemble des « familles » a décidé de faire corps -et c’est heureux- derrière la nouvelle direction de la LFP à laquelle revient la responsabilité de gérer la situation et de trouver des solutions. Unité, solidarité, sang-froid, détermination : autour de Vincent Labrune, président fraîchement élu à la tête de la Ligue, c’est tout le football professionnel français qui veut marcher d’un seul pas.

Et tel un boxeur groggy, après avoir encaissé tant de rudes coups, il entend bien se redresser sur ses jambes, retrouver tous ses esprits et relever un immense défi.

Force en lui !

 

 

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